mardi 20 mars 2018

Ma dernière déception cinématographique

Cela fait un petit moment qu'on n'a pas parlé cinéma ici. Je fonctionne beaucoup aux coups de coeur et aux "moments" en matière d'art. Une oeuvre s'inscrit pour moi dans l'instantanéité: l'état d'esprit du moment influe énormément sur la perception. De fait, j'ai un peu de mal à discerner le pourquoi j'ai aimé ou pas au milieu de ces sentiments. Excepté lorsque c'est une admiration (ou son inverse) en partie formelle (une belle/détestable écriture, une technique plastique admirable/minable, une photographie originale/désastreuse, une thématique subtilement traitée/sans profondeur...) je n'arrive pas vraiment à partager mon enthousiasme (ou son inverse). Là où je suis le plus prolixe c'est lorsque quelque chose m'a déçue. Bref, en attendant de peut-être vous parler des films des derniers mois (c'est un brouillon, mais vu le nombre de brouillons non publiés depuis deux ans, mettons de gros guillemets à cette hypothèse) on va parler de mon tout dernier film vu. Un beau gâchis si vous voulez mon avis en deux mots.

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A Serious Game

(vo: Den Allvarsamma Leken)

de Pernilla August, 2016

❤❤❤

D'après le roman de Hjalmar Söderberg, ce film nous plonge dans la Suède du tout début du vingtième siècle. C'est l'histoire de Arvid Stjärnblom, un jeune journaliste, et Lydia Stille, la fille d’un artiste peintre, qui tombent amoureux l'un de l'autre, mais qui, du fait de leurs situations respectives, décident de se marier à d'autres personnes. Des années plus tard, alors qu'ils ont chacun fondé un foyer, ils se recroisent...

A Serious Game est ce que j'appelle un ratage. Comment nommer autrement un film qui gâche les belles choses qu'il possède ? Je suis typiquement la cible de ce type d'histoires à la bande-son délicate et aux belles images. On m'a vendu sans problème Dix hivers à Venise et W.E. alors que ce sont deux films pas exempts de défauts: avec des longueurs, certains personnages antipathiques, au scénario pas forcément novateur. Mais une belle photographie accompagnée d'un tout aussi beau thème musical me fait oublier la plupart des défauts d'un film. En général. Pas là. 

La photographie est belle, entre paysages pâles et lumineux, intérieurs parfois feutrés parfois épurés. Rien à redire. C'est le thème musical qui m'a fait tiquer en premier: comment ça se fait qu'une musique pour laquelle je me suis dit "oh, faut que je l'ajoute à ma playlist" se transforme en quelques minutes en "mais faites moi taire l'instrumental, par pitié!". En fait, ce n'est pas que la bande-son soit désagréable, au contraire, ma première impression est celle qui me reste finalement après l'avoir écoutée hors-film: je la trouve très belle. C'est quelle est vraiment mal utilisée et très courte (21 minutes pour presque 2h de film). Le rappel incessant au thème phare semble là pour pallier aux lacunes d'une mauvaise réalisation / mauvais scénario / mauvais casting - et de fait souligne tout particulièrement le vide de cette histoire où l'on prend vite de la distance.

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Ce moment où le thème musical central te tape sur les nerfs

L'alchimie entre les personnages principaux est inexistante. C'est drôle ces films centrés sur la passion où l'on ne ressent justement aucune passion entre les personnages : ah! Cate Blanchett et Rooney Mara dans Carol ou la romance incompréhensible entre le fade Richard Madden et Rebecca Hall dans Une promesse... A Serious Game joue clairement dans cette cour. En peut-être pire: non seulement l'alchimie ne fonctionne pas, mais en plus le scénario et la réalisation ne proposent rien d'autre que le très bateau procédé qui consiste à suggérer le coup de foudre puis souligner la passion par des hypothétiques jeux de regards et des frôlements. Autant dire que c'est perdu d'avance. Parce que si j'adhère à ce type de réalisation pour que ça fonctionne il faut que le reste aille. Certes, les personnages de Arvid et Lydia sont particulièrement antipathiques: le premier est un peu con-con, la seconde très égoïste. Mais leur comportement (càd, détruire leur entourage) aurait pu être un peu compréhensible si l'on avait senti qu'ils étaient dépassés par leur passion. C'est censé être le cas, mais ça ne se sent absolument pas. 

Encore plus perdu lorsque très vite on s'apperçoit que les personnages secondaires imposent davantage leur présence à l'écran: Dagmar, la femme de Arvid jouée par la lumineuse Liv Mjönes, le directeur du journal où travaille Arvid, joué par celui-qui-habituellement-m'énerve Michael Niqvist et même Lidner joué par Mikkel Boe Følsgaard. Comment expliquer que les seconds rôles se détachent alors que les rôles principaux sont fades ?

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Sans doute l'échange le plus intense entre Sverrir Gudnason(Arvid) 
et Karin Franz Körlof (Lydia) et c'était hors caméra...

En fait, ça me fait mal parce que sur le papier ça pouvait être un de ces films dont on garde un bon souvenir. Il aurait pu parler de la passion dévorante, dangereuse. Il aurait pu nous montrer une histoire d'amour, celle de deux personnes qui se sont loupés à un moment de leur vie. Il aurait du tout simplement nous raconter une histoire.

Posté par ElanorLaBelle à 04:31 PM - - Un thé, un café, une pâtisserie ? [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Ma dernière déception cinématographique

    Ah en effet, ça sent le gâchis ! Ma dernière énorme déception, c'était "Les jardins du roi", on en avait parlé ensemble.
    Paradoxalement, ta critique me donnerait presque envie... de lire le livre ! Car c'est peut-être un problème de transposition de l'oeuvre, de l'écrit à l'écran, qui est le principal écueil. Dommage, en effet, parce que les quelques images sont superbes.

    Posté par Kleo, mardi 20 mars 2018 à 04:55 PM | | Répondre
    • Les jardins du roi... en effet!
      Moi aussi tu vois, j'ai pensé au livre: comme tu le dis ne serait-ce pas un problème d'adaptation ? Je pencherais pour du 50/50 scénario/casting.

      Posté par ElanorLaBelle, mardi 20 mars 2018 à 05:34 PM | | Répondre
  • Chère Elanor la Belle,
    Merci beaucoup la vérité pour ta belle carte d'anniversaire (c'est toi qui l'as faite non? elle est superbe!) Et merci pour tes souhaits de bonheur, ça m'est allé droit au coeur!
    Je t'embrasse et merci encore!
    Julia.

    Posté par Roulio, mardi 27 mars 2018 à 04:21 PM | | Répondre
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