vendredi 11 janvier 2019

Trente

Ça y est, j'ai enfin ouvert l'enveloppe des trente ans. Je ne suis pas certaine que le moment était fort à propos (deuxième jour de l'année) mais c'est enfin fait. Je n'aurais pas pensé que ce serait si compliqué de me confronter à la moi des cinq dernières années. A vrai dire, c'est surtout la lettre la plus ancienne, celle de mes vingt-cinq ans qui m'a chamboulée.

Elle m'a value une jolie crise d'angoisse quelques heures plus tard, alors que j'étais seule dans mon lit à imaginer ce que je pourrais bien écrire pour les moi des années prochaines. Dans cinq ans, je serais déjà à mi-chemin de la trentaine. Dans dix ans, j'entamerai cette décennie que je n'aime pas du tout (moi et les chiffres) mais surtout, ma mère aura 70 ans. Enfin, tout ça si une guerre mondiale, une catastrophe naturelle ou un astéroïde ne nous auront pas tous anéantis d'ici-là.

Bretagne - Novembre 2018

Mais elle m'a aussi surprise. Surprise par l'optimiste teinté d'espoir de mes 25 ans, par cette réalisation que cinq années c'est finalement plus long que ce que je pensais. J'arrive à peine à la toucher cette moi de vingt-cinq ans. Elle semble aussi irréelle que cette étudiante erasmus de 21 ans ou cet enfant de neuf ans qui quitte le bord de mer pour l'intérieur des terres. Pire, elle me semble plus lointaine que cette adolescente de treize ans qui a prit le train pour aller se balader avec sa meilleure amie dans les boutiques brestoises à la période de Noël.

Cette trentaine continue de me dérouter.

Mon coté matérialiste / tournée vers la personnification à outrance, angoisse de plus en plus à penser à ce que vont devenir mes peluches, les dessins, les photos, les tricots de ma grand-mère, les petits trésors, lorsque je ne serais plus là. C'est de famille, c'est une préoccupation commune avec mon père et ma sœur (au moins).

Une autre conséquence inattendue, c'est ce regard tourné vers le passé. Cette nécessité viscérale d'aller me balader dans le Léon de mon enfance. De regarder Brest alors que je n'aime pas cette ville. Cette envie de retrouver des amies d'adolescente. Ces musiques qui jouent le rôle de machine à voyager dans le temps à des moments improbables.

C'est peut-être de ça que je devrais parler dans la prochaine lettre. De cette perte de repères, de ce flou intense, de cette superposition d'époques et d'envies, de ces moments d'angoisses qui cohabitent avec des moments d'osmose.

De ce besoin de s'ancrer autant que de s'envoler.

Posté par ElanorLaBelle à 04:47 PM - - Un thé, un café, une pâtisserie ? [0] - Permalien [#]
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